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SUMENE à la fin du XVIème siècle

 
                                            




Articles parus dans Le Suménois, journal local trimestriel fondé et édité par le foyer rural.



Le Suménois Numéro 9


La fin du XVIème siècle et les débuts de la Renaissance

 
Avec le XVIème siècle, siècle de la Renaissance, les arts évoluent, les idées aussi ; avec l’invention de l’imprimerie, on assiste à une vulgarisation des ouvrages jusque là rares, écrits à la main et réservés à une certaine élite. Les derniers Valois règnent sur la France qui sera secouée par les remous de la Réforme et les troubles qu’elle apporte. Sumène n’échappera pas à toutes ces calamités. Placée à la pointe du combat par sa situation sur la route du Rouergue Catholique, elle sera le bastion de la religion Réformée apportée du bas Languedoc par les pasteurs délégués de la ville de Nîmes dont la parole trouvera une terre d’élection parmi une population aux mœurs austères et profondément chrétienne. Pendant une longue période de 40 ans notre pays va subir une guerre sans merci.
 
Cependant avant de prendre l’ordre chronologique des événements de ce siècle, il serait utile de parler des mœurs, du mode de vie et de l’aspect de notre bourg au début de ce siècle. Sumène est après Le Vigan la ville la plus importante de la région ; c’est une place forte entourée de murailles qui, partant de la place actuelle montaient à la Campagnette où se trouvait le fort, redescendaient vers Cap de Ville, passaient au niveau de la maison Cambon jusqu’à la rivière et longeaient le Rieutord jusqu’à notre actuelle Place couverte. Elles étaient percées de sept portes dont quatre existent de nos jours : la porte de la Fontaine de la Ville la mieux conservée, la porte du Pont Grand, le Portail de Péri et le porche qui de nos jours va de la Grand-Rue à la rivière.
Nous avons une description de la porte principale qui s’ouvrait sur le Pont Grand. Elle comprenait trois étages surmontés de l’horloge publique. La plate-forme de la toiture était ornée de créneaux, mâchicoulis et meurtrières. Le passage de l’arceau était barré aux assaillants par trois fortes portes toutes plus larges les unes que les autres vers l’intérieur ce qui permettait de repousser plus facilement les ennemis.

Des faubourgs s’étaient bâtis autour des murailles : Pied de Ville, tel que nous le connaissons aujourd’hui, le quartier de Villeneuve autour du Clos Soubeyran, le quartier du Pont du Recodier et la Fontaine de la Ville, à peu de choses près tels qu’aujourd’hui, et tout le haut de Cap de Ville. En 1577 les protestants construisirent une tour à trois étages à l’entrée de la ville sur la route de Ganges, reliée à celle du plan par un passage creusé sous les remparts le long du Rieutord. Des vestiges de ce passage existent encore à Pied de Ville, l’ancien atelier de M. DURAND, et les caves qui s’alignent jusqu’au Pont Petit, au-delà les caves de l’Hôtel de la Rose de Mme DUMAS, plus haut encore le Portail de Péri et le Pont Grand, la série de caves appelées les Herbons.
 
Si nous nous référons au plan de la ville que nous avons sous les yeux qui date de 1550, la partie rive droite n’a guère changé : en venant de Ganges la rue Pied de Ville avec ses traverses qui existent de nos jours, le Pont Petit n’existait pas encore mais la rue y donnant accès est marquée. A la Place se trouvaient les remparts et la porte au fond de la Grand-Rue. De la placette au pied de l’arceau partait la rue de la Coste donnant accès à la rue de la Saineté et à une porte située sur la route du Pouget ; de l’autre côté on pouvait accéder aux rues du Four, Basse et Portail de Péri et à la porte du Pont Grand. Au milieu de Cap de Ville, une autre porte, au coin de l’actuelle maison située après la pierre droite qui existait sous le nom de rue de la Davalade au-delà du Faubourg de Cap de Ville, se prolongeait jusqu’à la Chapelle Saint Michel tout au bout du Faubourg située à peu près à l’emplacement de l’actuelle croix de Cap de Ville. Le tout dominé par la citadelle de la Campagnette.
 
Sur la rive gauche de la rue Villeneuve entourée de jardins et de vergers, le Clos Soubeyran avec l’Eglise et le Monastère, les quartiers de la Courral et le Pont de Recodier. Nous reviendrons d’ailleurs en fin de chapitre sur la disposition de la place du Plan.
 
Nous trouvons intéressant d’indiquer le nom que portaient alors nos rues :
 
 en 1972                           en 1550
 
Pied de Ville                    Barrys de Pied de Ville
La Place                          Place des Barrys
Rue de la Saineté            Rue de l’Estrade Supérieure
 Grand-Rue                     Grand-Rue de l’Estrade
La Coste                         La Coste
Rue du Four                    Rue du Four
Rue Basse                       Rue de las Molleyras
Portail de Péri                 Portail de Péri
La Pierre Droite               La Davalade
Fontaine de la Ville          Rue de la Condamine
Cap de Ville                    Rue des Barrys de Chef de Ville
Le Plan                           Le jeu de Paulme
La Courral                      La Courral
Le Pont de Recodier        Guilhaumandarié
La Placette                     Place du Château
 
Un recueil d’actes de Causse, notaire à Sumène, fournit les renseignements suivants sur une élection qui eut lieu en 1542 :
« On élit les syndics et conseillers de la communauté devant la porte principale de l’église paroissiale, suivant l’antique coutume et les privilèges jadis octroyés par Bertrand de Pierre, confirmés depuis par ses successeurs et dernièrement par messire François de Geoffroy, chevalier Seigneur de Sumène et de Bozigues.
Pour cette élection, on baille au notaire un petit cartel de papier de cette teneur : Syndic de la ville, Jean Valette, Conseillers Pierre Cantalobe et Durand Delpuech auxquels les habitants confient le droit et le soin de remplir leurs charges. Ces fonctions municipales étaient obligatoires. Les syndics et conseillers convoqués pour prêter serment par Valfourcade, sergent, comparurent à l’exception de Valentin Ducros contre lequel fut requis défaut et contrainte de venir prêter son serment jusqu’à l’emprisonnement de la personne, selon les dits privilèges. Les Syndics et conseillers présents sur la place publique de Sumène à l’heure de Tierce, en présence de M Jean Nissole, lieutenant du Bayle, l’un après l’autre ont prêté serment entre les mains du Bayle ; d’être bons et loyaux au Roy notre Sire et à Monseigneur de Sumène de garder le droit de la Communauté, d’éviter les choses inutiles et dommageables, de garder égalité et équité tant envers les pauvres que les riches. Après ce serment Monsieur le Bayle les mis en possession de leur charge »
 
Cela nous donne une idée des coutumes principales de cette époque.
 
La religion catholique était puissante à Sumène en ce début de siècle, il existait de nombreuses chapelles et lieux de culte. Outre l’Eglise, la Chapelle Saint Jaume au Portail de Péri à l’emplacement de la salle Ferrier ; la chapelle Saint Cyprien, à la pointe du pic occidental des Jumeaux ont peut encore voir ses fondations sous notre relais de télévision ; la Chapelle Saint Michel à l’extrémité de Cap de Ville. Un Clergé s’occupait de la célébration du Culte : le Prieur en 1531, Poyer Louis, puis en 1550, Domergue Jean Jacques, le Curé Dupont Jean, deux secondaires et quatre prêtres collégiats. Mais l’Eglise était en fort mauvais état. Les habitants trouvant l’édifice trop petit, mal en ordre et sans vitres, sanctionnent le Prieur Louis Poyer devant le parlement de Toulouse, qui le condamne à employer à sa réparation le tiers de ses fruits décimaux évalués à 400 livres par an. Une transaction passée en 1542 intervient entre les habitants et lui : pendant trois ans, il doit donner annuellement soixante livres pour être employés en charrois et manoeuvres, après quoi il sera obligé de livrer le tiers de ses revenus, et alors, les paroissiens seront tenus de faire leur devoir. Les travaux durent commencer en 1545.
 
Nous avons vu les Suménois délibérer de leurs intérêts communs sur la place publique, nous les avons vus fortifier leur ville et ne pas perdre courage au milieu des fléaux  de toutes sortes qui les assaillent. Faisons maintenant connaissance avec leur vie prive.
 
Le luxe n’a jamais été leur défaut, on peut s’en convaincre en considérant les maisons de cette époque qui subsistent encore. Une pièce que nous allons transcrire le prouve mieux encore , il s’agit d’une constitution de dot : « Le 6 janvier 1478, honnête homme André Massane de Sumène accorde en mariage sa sœur Agnès à Jean Serre, fils de Hugon Serre, fustier de Sumène et lui constitue une dot : soixante livres tournois en monnaie de cours, trois habillements nuptiaux composés de deux cottes-hardies dont une étoffe de France appelée Violet de Bourges et l’autre étoffe blanc de Frise (ou Fripe) plus une gouelle d’étoffe rouge de Coutray, plus une capuche d’étoffe brunette. » Si nous considérons qu’il s’agissait de gens relativement aisés, nous avons la preuve que nos ancêtres se contentaient de fort peu.
 
Levé tôt avant le jour probablement, une légère collation leur servant de petit déjeuner, chacun vaquait à ses occupations jusqu’au dîner de midi composé essentiellement de soupe, légumes et de fromage ; le meilleur repas était celui pris généralement le soir, à la nuit tombée, plus abondant, il comprenait entre autre un peu de viande, de volailles, voire de gibier, le tout arrosé du vin du terroir. La veillée se poursuivait jusqu’à l’heure du couvre feu. Les dimanches et les jours de fête fort nombreux étaient rigoureusement chômés, ce jour-là le menu s’améliorait, les gens se distrayaient soit au cabaret soit au jeu de Paulme. La vie n’était pourtant pas monotone, Sumène traversé par les voyageurs qui allaient vers le Massif Central possédait de nombreuses auberges nous en connaissons deux de cette époque, celle tenue en 21531 par Jean Malpiach à Cap de Ville et celle tenue en 1535, au Col du Mercou par Marcel Fesquet.
 
Après ce trop bref tour d’horizon, qui situe notre ville au début de siècle, nous pourrons mieux comprendre les réactions des Suménois en face des grands bouleversements qui se préparent.




Le Suménois Numéro 10


Voici donc les Suménois en ce début du XVIème siècle, réparant leur église tombée en ruine, Sumène était un gros bourg florissant et prospère, les affres des siècles passés n’étaient qu’un mauvais souvenir. A Paris, les Valois étaient montés sur le trône et sous l’autorité de son seigneur François de Geoffroy et de son Syndic Jean Valette assisté de ses conseillers, notre village coulait des jours paisibles. Mais les premiers nuages annonciateurs de troubles et de guerre commençaient à faire leur apparition. Un certain moine Martin Luther, en Allemagne, puis Jean Calvin, à Genève, commençaient à prêcher la Réforme, une religion plus austère surtout axée sur la lecture de la Bible refusant l’autorité du Pape et de ses évêques. Cette croyance faisant rapidement tache d’huile parvint bientôt en Languedoc et de là dans les Cévennes, trouvant un terrain d’élection parmi des populations à la foi ardente, à l’âme austère et souvent scandalisées par les abus de certains membres du clergé. Population aussi éprise d’indépendance et de liberté, Sumène n’échappa point à ce vent de révolte venant de Suisse et bientôt certains suménois adhérèrent à la nouvelle religion.
 
Cependant avant d’entrer dans les évènements de la Réforme il importe pour la clarté du sujet de situer les hiérarchies sociales qui existaient en ce début de siècle.
 
Ainsi que dans tout le reste de la France, la population est divisée en trois ordres.

Le Clergé qui comprend le Prieur, le Curé, deux chapelains secondaires, quatre collégiats et trois ou quatre prêtres.

La Noblesse, au commencement du XVIème siècle on trouve
Geoffroy de Bossugue, Seigneur de Sumène, qui habite tantôt le château de Sumène tantôt la seigneurie de Bossugue au diocèse d’Agde.

Jean d’Ussomas, damoiseau.

Etienne, Seigneur de Saint Martial, et Guittar de Pierreverte, ces deux derniers cessionnaires d’une partie des droits féodaux que l’abbé de Sauve possède à Sumène.

Domergue, Seigneur de Mercou.

Le Tiers Etat composé des officiers judiciaires, bayle notaires hommes de loi dont le nombre est assez considérable.

Des Fustiers, véritables et seuls négociants du pays. Ce sont tous ceux qui achètent le bois sur pied pour le revendre fabriqué, et surtout les tonneliers.

Des marchands drapiers et toiliers, des négociants en cuir, tanneurs, blanchiers, mégissiers, corroyeurs, leur commerce s’exerce à Villeneuve.

Des cardeurs de laine avec laquelle on fabrique et foule le drap à Sumène même, ainsi que le feutre pour les chapeaux.

Des tisserands. L’usage est d’employer beaucoup de toiles de maison. Les terrains situés le long de la rivière sont presque tous plantés de chanvre. Les cultivateurs sont en même temps cardeurs et tisserands.

Des Hôtes (aubergistes) forment une classe considérée.
 
Dans ces temps de communications difficiles de transports coûteux et quelquefois impossibles chaque ville, chaque bourg, forment un centre où l’on trouve ce qui est nécessaire à la vie et peut à la rigueur se passer de ses voisins. Les aliments sont des produits du pays, les châtaignes en forment la base, le territoire peut nourrir des bestiaux en grande quantité. Les meilleures terres sont consacrées à la culture des céréales, toutes les redevances sont en froment, seigle et avoine. On récolte assez de vin pour les besoins des habitants, l’huile est un objet d’exportation et Sumène semble avoir été un entrepôt d’huile entre les plaines du Languedoc et les plateaux du Rouergue et du Gévaudan, si l’on en juge par la grande quantité de pises en pierre que l’on trouve encore.
 
Voici donc après la description physique et  la présentation des structures sociales ce qu’était notre village à la veille de la Réforme. Mais pour présenter un tel bouleversement, nous ne pouvons rester confinés qu’aux seules limites de notre village, il est nécessaire de les placer dans le contexte des évènements qui bouleversèrent toute la province et  pour cela nous laisserons la parole à M de Massane, l’érudit historien de Sumène.
 
Des troubles s’élèvent de toutes parts. Les meurtres, les incendies, les malheurs de tout genre se multiplient.
Cependant, un édit du roi accorde aux religionnaires une amnistie générale. Les protestants nîmois en profitent pour formuler leurs vœux et les envoyer à Paris. Ils demandent la Réformation de l’église catholique : le calvinisme. En attendant la réponse, le ministre Mauget établit un consistoire à Nîmes.

Presque toute la population abandonne l’ancienne croyance et Genève, voulant frapper un coup décisif,  expédie un de ses plus célèbres prédicants : le ministre Viret. Ce dernier achève de fanatiser les esprits. Les maisons particulières et l’édifice que les protestants se sont construits deviennent trop exigus pour contenir la foule. A Sauve, les réformés s’emparent de l’église et y tiennent leurs assemblées. Quelques jours après, le ministre Viret célèbre le culte dans la cathédrale de Nîmes.
L’élection de nouveaux ministres est alors décidée. Trois postulants prêtent serment. Campagnan est choisi pour l’église de Sumène, qui est donc après Nîmes le premier endroit pourvu d’un pasteur. Ceci a lieu le 25 septembre 1561.
Des bandes de religionnaires se transportent dans les bourgs et les villages aux environs de Nîmes pour encourager la rébellion. Le pouvoir tiraillé par des influences contraires ne prend que des demi-mesures.

A tout moment, il intervient entre les deux parties des trêves qui ne sont pas exécutées.

Le roi Charles IX parcourt le Languedoc en 1564 et met un peu d’ordre mais le mal reprend de plus belle après son départ. Les exaltés se livrent à toutes sortes de violences. Tantôt triomphants tantôt réprimés, les calvinistes décident d’en finir. Le 29 septembre 1567 est choisi pour l’exécution de leur projet : le jour de la Saint Michel.
Le massacre est l’œuvre de quelques forcenés à la tête desquels se trouve Guillaume Calvière. L’évêque n’est sauvé qu’à grande peine.
Les récits les plus modérés font mention de 80 victimes poignardées et jetées dans le puits de la cour de l’évêché.

La guerre civile s’élève dans toute la sénéchaussée. En 1568 Sumène est au pouvoir des protestants quand le baron de Ganges, à la tête d’un corps de troupes catholiques, s’en empare. La ville est assiégée par les religionnaires qui la reprennent. Le baron de Ganges y est tué et 200 catholiques avec lui.
A la suite de cet évènement, l’église de Sumène est rasée ainsi que le cloitre et les propriétés ecclésiastiques ravagées. Cette église n’a plus aucune trace.
Le triomphe de la nouvelle secte à Sumène est alors complet. Notre région devient la place forte des Réformés, la réserve où l’on envoie chercher des renforts dès que les coreligionnaires du plat pays sont menacés.
Henri de Navarre, nommé par Charles IX, envoie au Vigan deux commissaires chargés de vendre et aliéner les biens ecclésiastiques pour le service de la religion.
A Sumène, ces biens sont achetés par Durant de Massane qui fait là une bonne affaire malgré le mauvais état dans lequel sont les biens qu’on lui vend par suite de la fureur de ses coreligionnaires. On ignore s’il en jouit longtemps ; il vit encore en 1575.
 
Dans le pays, les troubles continuels, les dévastations de tout genre, empêchent de cultiver les terres. Plusieurs fois, les chefs des différents partis ont conclu des conventions par lesquelles les laboureurs sont mis en dehors des hostilités.
Une pierre placée sur la façade d’une maison témoigne du haut prix qu’atteint le blé en 1572. On lit en effet à la Grand-Rue, l’inscription : « L’AN 1572 LE QVITAL DE FROMENT VALOIT 10 LIVRES R.A »
 
Pour la Saint Barthélémy, les catholiques de Nîmes ne veulent pas massacrer les protestants comme le prescrivent les ordres de la Cour. Ils en préviennent au contraire les Réformés qui jurent alors une éternelle amitié à leurs adversaires ; ils sont approuvés par le commandant de la province, le Vicomte de  Joyeuse.
 
 
Nous ignorons ce qui se passe à ce moment-là à Sumène, mais il est probable que les catholiques, bien qu’ils en aient l’intention, ne peuvent se porter à aucune violence contre les protestants car ceux-ci forment une imposante majorité dans tous les pays de montagne de la Sénéchaussée.
Les calvinistes exaspérés recommencent la guerre avec fureur. Montmorency Danville, Gouverneur de la province traite avec eux et se met à leur tête dès 16574. De son côté, le Comte de Crussol devenu duc d’Uzès quoique encore protestant se met à la tête des catholiques. Ceux-ci voient qu’il n’y a rien à attendre que d’eux-mêmes. Ils rapprochent dans une union ou Saint Ligue, sous la direction de la famille de Guise.
 
Sumène reste toujours au pouvoir des protestants et est mis par eux en état de défense. On sait que les fortifications n’entouraient  qu’une faible partie de la ville. Pour protéger le bas faubourg, une tour de trois étages est construite à son extrémité. Cette tour de Pied de Ville a  existé jusque vers 1750. Elle est maintenant remplacée par un simple arc de pierre grise surmonté d’une corniche. Au-dessus de la clef de voûte, figure l’inscription :
« Ayant Dieu pour défense, nous ferons résistance »
Si le malheur ruine le pays et réduit la plupart des habitants à la misère, cela n’empêche pas que certains individus trouvent le moyen d’augmenter leur fortune.
 
Un traitant huguenot Simon Fize, secrétaire d’Etat et des Finances ayant fait une fortune colossale, achète en 1570 la baronnie de Sauve, démembrée des possessions de l’évêché de Montpellier. Sa fille Madeleine, baronne de Sauve, a de De Budos, une fille qui épouse Danville, cadet de Montmorency, gouverneur de la province  pendant près d’un demi-siècle (1560 – 1610). Le duc de Montmorency, plus tard connétable, commande tantôt les troupes royales tantôt celles des Réformés. Marguerite de Budos  est la seconde femme du connétable et la mère du chevaleresque Duc de Montmorency, pris en 1633 à la bataille de Castelnaudary et décapité à Toulouse.
 
Le meurtre du Duc et du Cardinal de Guise, l’avènement au trône du roi de Navarre amènent une guerre entre le Haut Languedoc commandé par le Duc de Joyeuse, au nom de la Ligue, et le Bas Languedoc tenu par les huguenots et le Duc de Montmorency. Les ligueurs, maîtres du Rouergue, tentent une expédition dans les Cévennes par la route de Milhau. En 1590, ils se rendent maîtres du Vigan et de Sumène, mais les victoires d’Henri IV les obligent à se retirer. Du reste le protestantisme domine seul ici. Son culte est le seul libre. Les pasteurs se succèdent à Sumène : Pépin, Gasquet, Tortolon, Vaissier, Abraham de Saint Loup.
 
Après l’assassinat d’Henri III, le roi de Navarre qui avait adjuré le calvinisme fait proclamer l’édit de Nantes. Celui-ci termine les guerres religieuses pour la plus grande partie de la France, mais pas pour la contrée où nous sommes.
 
Confiant dans l’article de l’édit de Nantes au sujet du rétablissement de toutes les églises démolies, le chapitre de Nîmes possesseur de celle de Sumène, en commence la réédification. On ignore où se trouvait ce nouveau bâtiment. L’œuvre est encore renversée par les religionnaires, à la faveur des troubles suscités par le duc de Rohan qui vient du Rouergue jusqu’à Saint-Hippolyte. Celui-ci envahit une deuxième fois les Cévennes par la route de Rouergue, après une résistance inutile essayée par M d’Albignac, baron d’Arre, il entre au Vigan, à Sumène, à Ganges et à Saint-Hippolyte (1625). Une fois maître du pays, le duc de Rohan convoque à Uzès une grande assemblée de religionnaires à laquelle les villes de Nîmes, Uzès, Saint-Ambroix, Alais, Anduze, Le Vigan sont représentées. Sumène envoie Aigoin. Il y est fait pacte d’union avec les Rochellois ; Mais le succès de Louis XIII à la prise de La Rochelle oblige les protestants à traiter.
 
A Sumène, les catholiques ne recouvrent leur église qu’en 1649, après une interruption de leur culte de près de 80 ans.
 
C’est à dater de 1649 qu’un peu de tranquillité revient réellement dans le pays. Pendant 60 ans au moins les guerres civiles sont apaisées.
 
Jetons un regard en arrière pour nous occuper des changements survenus dans les mœurs, les habitudes et dans les familles pendant cette période des premières guerres de la Réforme.
 
A la fin du XVIème siècle s’accomplit une révolution agricole qui change la face du pays.
 
Un jardinier de Nîmes, Traucat, s’occupe avec ardeur de la culture du mûrier à soie. De 1564 à 1606, il fournit plus de 4 000 000 de ces arbres, plantés en Languedoc et en Provence. Sous le ministère  Sully, chaque communauté des Cévennes est obligée d’en cultiver un certain nombre. On hésite longtemps à entrer dans cette voie et c’est vers la fin du XVIIème siècle seulement que l’éducation du vers à soie donne des résultats importants.
Sumène offre alors peu d’attraits aux gens curieux d’architecture. Il est positif néanmoins que la fin du XVIème siècle et le commencement du XVIIème apportent un changement dans le caractère des édifices. L’usage des fenêtres à croisées se propage. On en voit encore un certain nombre. La maison de la Grand-Rue où se trouve inscrit le prix du froment en 1572, offre un spécimen du goût de l’époque. La porte est à plein cintre, un cordon de pierres de taille faisant saillie règne tout le long du 1er étage à la hauteur de l’appui des fenêtres ; les bras qui forment la croix des ouvertures sont sculptés.
 
 
Mais le morceau le plus remarquable à l’époque est la fenêtre de la maison Mauriès à la Placette (cette fenêtre a disparu de nos jours). La fenêtre est divisée par la croix en quatre vitrages carrés ; son encadrement formé de deux colonnettes supporte un fronton cintré et est accompagné d’un parement avec corniche et guirlandes qui se répètent le long des bras de la croix ; dans le fronton, on trouve des armoiries. Le timbre et les supports de fantaisie représentent des enfants jouant avec des masques et autres attributs scéniques (la pierre employée alors à Sumène est une pierre tendre, au grain très fin, d’une couleur tirant sur l’orange).
 
L’origine de cette fenêtre est inconnue. Il y avait au hameau du Cayla, un château avec des fenêtres analogues. M le Marquis du Cayla aurait fait transporter là cette pièce ; ces suppositions paraissent difficilement admissibles.












 
 
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